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La petite boîte rose

C’était l’automne, mais il faisait encore bon pour la saison.

Comme tous les soirs,  Elsa fermait sa boutique, elle était libraire dans la toute nouvelle librairie pour enfants de sa petite ville.  Puisque cela faisait tout juste quelques semaines qu'elle s'était installée, son magasin n'avait pas encore de nom, mais les gens l'appelait déjà: La librairie sans nom.

Cela faisait sourire la jeune libraire qui se disait que si elle ne trouvait pas vite mieux, alors la nouvelle enseigne de la boutique porterait officiellement ce titre.

 

Après la fermeture, comme à son habitude, elle rentra chez elle à pied.

Sur le chemin, devant l’ancienne école qui était maintenant à l’abandon depuis des années suite à un grave incendie, une chose étrange attira son regard. Une petite boîte rose était posée là sur le banc juste devant ce lieu où quasiment plus personne ne s’arrêtait jamais à présent.

Allez savoir pourquoi, Elsa, elle, elle aimait emprunter ce passage tous les jours. Il y avait bien sûr plus rapide, et passer par là lui rallongeait le temps pour arriver jusqu’à chez elle d’au moins dix bonnes minutes, mais elle appréciait éviter le brouhaha de la ville et adorait l’atmosphère mystérieuse et presque angoissante que dégageait cet endroit.

 

Il faut croire que cela valait le coup, puisque ce soir-là, c’est elle qui tomba sur cette fameuse boîte rose posée là comme de rien sur un banc.

 

Elsa, intriguée, s’arrêta, regarda l’objet et s’assied enfin à ses côtés.

Elle prit la boîte, la déposa sur ses genoux et l’ouvrit. À l’intérieur, elle y trouva juste un petit morceau de papier plié en quatre qu’elle déplia et sur lequel elle vit un dessin d’enfant représentant un bonhomme souriant. En dessous, il était écrit : À demain !

 

Amusée, elle sourit d’abord et pensa à laisser tout cela sur le banc avant de repartir, se disant que des gamins étaient venus jouer ici et que la boîte ainsi que le dessin leur appartenaient. Cependant, sans trop savoir pourquoi, quelque chose la poussa à replier le dessin dans la boîte, à fourrer celle-ci dans la poche de son manteau et à enfin reprendre sa route.

 

Arrivée dans son appartement, la jeune femme retira son manteau, le délesta de son contenu, examina à nouveau sa mystérieuse trouvaille, en sortit le dessin qu’elle aimanta sur son frigo, tandis que la petite boîte rose finie comme vide-poches sur le meuble de l’entrée. Elle y jeta machinalement ses clés et décida d’aller prendre une douche.

 

Cette nuit-là, Elsa dormit d’un sommeil agité et parsemé de rêves étranges.

Le lendemain elle se réveilla embrumée et confuse.

 

En préparant son café dans la cuisine, son regard se perdit sur le frigo et sur le dessin qu’elle y avait accroché la veille. Des flashs de sa nuit lui revinrent en mémoire.
Elle n’avait cessé de rêver à des bonshommes bizarroïdes et enfantins lui souriant tout en lui hurlant : « À demain ». Pour leur échapper, elle finissait ensuite par courir s’enfermer dans une petite boîte rose identique à celle qu’elle avait laissée dans son entrée.

 

Tout cela lui fit froid dans le dos, elle s’approcha du frigo, empoigna le dessin, le froissa et le jeta à la poubelle.

Après cela, elle termina de se préparer, enfila son manteau, attrapa ses clés dans son nouveau vide-poches sans même repenser que cette chose l’angoissait autant que le morceau de papier froissé dans la poubelle de sa cuisine et ferma la porte derrière elle.

 

Elle attendait l’ascenseur perdue dans ses pensées, le nez rivé sur son Smartphone. C’est alors que celui-ci s’ouvrit. Quelqu’un lui adressa un aimable : « Bonjour ». Elle y répondit sans vraiment lever les yeux de son écran.

 

Elle entra dans l’ascenseur, la personne à ses côtés se mit à engager la conversation sur le temps qu’il faisait. C’était Madame Bernard, sa voisine du 3ème.

 

Elsa leva alors enfin la tête vers elle, mais eut très vite un mouvement de recul qui la fit se cogner contre la paroi de l’ascenseur. La pauvre jeune femme venait de s’apercevoir avec effroi que Madame Bernard, n’était plus vraiment Madame Bernard, mais juste la voix de Madame Bernard avec le corps et le visage du bonhomme du dessin de la boîte rose !

 

Elle aurait voulu crier de toutes ses forces pour que l’on vienne la secourir, mais aucun son ne sortit de sa bouche.

L’épouvantable fausse Madame Bernard, remarqua la mine apeurée de sa jeune voisine et tenta de comprendre ce qui lui arrivait, mais plus cette femme bonhomme lui parlait, plus Elsa paniquait.

L’ascenseur s’arrêta enfin pour s’ouvrir sur le hall de l’immeuble au rez-de-chaussée. Elsa courut aussi vite que possible vers l’extérieur et se retrouva en deux temps trois mouvements dans la rue.

Son cœur battait si fort qu’elle avait l’impression de l’entendre. Elle voulait s’arrêter, reprendre ses esprits, mais elle ne pouvait pas car dans la rue, c’était pire que dans l’ascenseur : Absolument tous les passants, les conducteurs dans les voitures, les commerçants… Tous. Absolument tous s’étaient transformés en bonshommes étranges !

 

Elle continua de courir, courir sans oser regarder autour d’elle ni savoir où elle allait.

Lorsqu’épuisée et à bout de forces, elle fit enfin une pause dans sa course folle, Elsa s’aperçut qu’elle se trouvait devant l’ancienne école abandonnée, près du banc. Sans réfléchir, elle s’y est assise et a tenté de se calmer un peu.

 

C’est alors, qu’un de ces bonshommes arriva et s’assit juste à côté d’elle. Tétanisée par la peur, elle se sentait incapable de bouger. Elle fixait son compagnon de banc qui restait silencieux en arborant son sourire malaisant.

Soudain, il leva son bras droit vers le ciel et comme venu de nulle part, il attrapa pourtant un gros feutre noir et un petit bout de carton rose.
Toujours sans rien dire, avec le carton rose, il se mit à confectionner une petite boîte qu’il posa entre la jeune femme et lui sur le banc.

 

Elsa regarda l’objet et sentit une larme couler sur sa joue. Elle tremblait de peur !

 

Le bonhomme quant à lui, continuait ses occupations sans se soucier de la terreur de sa pauvre voisine.

Elle remarqua alors qu’il avait encore fait apparaître d’on ne sait où un petit bloc-notes sur lequel il était en train de griffonner avec son feutre noir.

 

Il dessinait un bonhomme semblable à lui-même. Puis il déchira la feuille de son bloc, la plia en quatre et la rangea dans la boîte rose qu’il avait préalablement confectionnée.

Ensuite, il se leva sans un mot et s’en alla.


Sur le banc, il restait seulement une femme apeurée et une petite boîte rose. Hésitante et tremblante, Elsa, ouvrit la boîte. Déplia le papier sur lequel sans surprise, elle vit un bonhomme. Mais cette fois-ci en dessous, il y avait un petit texte :

 

Nous sommes l’âme de cette vieille école. Nous sommes les dessins de tous ces enfants qui n’auront pas eu la chance de grandir. Merci d’être passée par ici en ce jour anniversaire du tragique incendie de l’école. Merci surtout d’avoir ouvert notre boîte rose et de nous avoir redonné vie l’espace d’un instant.

Elsa versa une larme qui tomba sur la feuille, tout pile sur le sourire du bonhomme.

Et comme par magie, le dessin et le texte s’effacèrent petit à petit. Il ne resta à la fin, juste une simple feuille blanche dans les mains d’Elsa.

 

La jeune femme la replia, la remit dans la boîte rose qu’elle glissa à nouveau dans la poche de son manteau.

 

C’était l’automne, mais il faisait encore bon pour la saison.
Comme tous les matins, Elsa était en route pour ouvrir sa boutique.

 

Sa première cliente de la journée fut une petite fille aux cheveux blonds qui venait acheter un livre avec sa maman. La libraire était soulagée et triste à la fois de constater que tout le monde avait retrouvé une apparence normale.

 

Alors qu’elles allaient sortir de la librairie avec le livre en mains, Elsa leur demanda de patienter un instant. Elle se rendit dans l’arrière-boutique où elle avait rangé son manteau, prit la petite boîte rose dans la poche de celui-ci. Elle la démonta et la découpa pour en faire un marque-page sur lequel elle dessina un bonhomme.

 

Elle revint ensuite retrouver sa petite cliente et sa mère. Elle tendit à la fillette le marque-page en lui disant : « Tiens. Cadeau de la maison, prends en soin surtout. Bonne journée ! »

 

Plus tard, Elsa décida de nommer sa librairie : La petite boîte rose.
Le logo de celle-ci fut tout simplement un bonhomme tel un dessin d'enfants.

 

 

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