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Comme des robots



Ce jour-là paraissait un jour semblable aux autres. Tout se déroulait selon la routine familiale habituelle.

 

À 7h00, la mère réveillait les enfants, pendant que le père préparait le café et les tartines. Puis, la suite s’enchaînait très vite et à 7h30 précises, tout le monde avait claqué la porte de la maison qui retrouvait enfin son calme jusqu’à ce que la fin de journée annonce le retour de chacun.

 

Aujourd’hui pourtant, à l’inverse des jours précédents, la jolie porte rouge de la maison se ferma bien à 7h30 précises, mais ne se rouvrit pas en fin de journée.

 

En réalité, toutes les maisons de ce quartier pavillonnaire avaient le matin même laissé leurs habitants partir à leur train de vie quotidien. Cependant, le soir venu, les rues étaient complètement désertes et les maisons toujours totalement vides, comme si personne ne vivait dans le coin.

 

Personne sauf, Annabelle et Julien.

Annabelle était la fille aînée de la famille qui vivait dans la maison à la jolie porte rouge. À l’époque, elle avait tout juste 15 ans.

Julien, quant à lui, avait 17 ans et était le fils des voisins de la famille d’Annabelle, qui eux habitait une maison avec une jolie porte verte.

 

Cet étrange soir où toutes vies paraissaient avoir quitté le quartier, les deux adolescents se réveillèrent dans la petite épicerie du coin. En ce temps-là, ils y travaillaient tous les deux après les cours pour se faire de l’argent de poche.

 

Mais pourquoi s’y réveiller soudainement en pleine nuit et retrouver un quartier désert ? Ils n’eurent malheureusement jamais la réponse et finirent par accepter cette nouvelle vie.

Ils vivaient grâce aux réserves de nourriture dans les magasins et entretenaient les potagers dans chaque jardin laissé à l’abandon.


Ils avaient décidé de vivre ensemble dans la maison d’Annabelle, afin de se tenir compagnie et de ne pas se sentir sombrer dans la solitude.

 

Les années passèrent, les adolescents devinrent des adultes, puis des vieillards.

Ils moururent tous les deux le même jour, assis dans leur canapé. Ils avaient 95 et 97 ans.

 

Malheureusement, ils n’avaient pas eu d’enfants. Avec le temps, comme il ne restait plus qu’eux, ils étaient bien sûr, par la force des choses tomber amoureux et avaient tenté de faire des enfants, Annabelle tombait bien enceinte, mais ses grossesses n’allaient jamais au-delà d’un mois.

À chaque dernier jour du premier mois de la grossesse en cours, Annabelle s’endormait et le lendemain, elle se réveillait et n’était plus enceinte.

Comme si le destin voulait que le couple reste éternellement les seuls habitants de ce monde !

 

Oui, car il faut savoir que bien au-delà du paisible quartier, le reste des villes, des pays et des terres, même les plus éloignées, plus aucune trace du moindre passage d’un être humain n’était visible nulle part !

 

Le monde s’était comme figé dans le temps, emportant avec lui toute sa population !

 

Annabelle et Julien étaient restés jusqu’à leurs morts les uniques et privilégiés habitants de la planète.

 

Le jour de leurs décès, nous étions au mois de décembre, mais le dérèglement climatique qui s’était installé depuis plusieurs années déjà donnait l’impression d’être en plein mois d’août. Il faisait plus de 40°C à l’ombre et tout n’était que sécheresse.

 

De la maison où restaient les deux corps sans vie, une odeur nauséabonde se dégagea alors très vite dans tout le quartier. Puis, les cadavres suivirent lentement mais sûrement leur processus de décomposition.

De ce fait, bien des années et des années après, il ne restait que des os en souvenir d’Annabelle et Julien.

 

Les siècles s’écoulèrent. La nature reprit ses droits sur l’homme. Le quartier et ses maisons aux jolies portes colorées ressemblait maintenant plus à une forêt qu’à autre chose.

L’air était pur, tout était beau et grand. 

 

 

Puis, un autre matin se leva et nous étions là. Nous, les robots qui peuplent aujourd’hui ce monde, tels les humains à l’époque.

 

N’ayant réussi à donner la vie et tellement désireux de repeupler la terre, Annabelle et Julien nous ont créés.

De leur vivant, ils n’ont malheureusement jamais réussi à nous activer. Toujours comme si le destin voulait qu’ils finissent seuls. Quelque chose se mettait toujours en travers de leurs divers calculs élaborés et nous ne prenions jamais vie.

 

C’est alors que nous nous sommes tous réveillés sous un violent orage.

La seule chose que je savais à mon réveil, c’était que je connaissais cet endroit et que je m’appelais… Annabelle.

À côté de moi se tenait Julien, mon compagnon de toujours !

À une époque très lointaine, nous nous souvenions avoir été humains, avoir survécu à la disparition de l’humanité, avoir traversé le temps et avoir tenté de créer des robots. Sans vraiment comprendre pourquoi, nous sommes à nouveau ici et nous sommes, nous aussi des robots parmi tous ceux à qui nous avions essayé d’insuffler la vie.

 

Nous avons reconstruit un quartier comme celui que nous avions connu. Et maintenant, nous avons retrouvé le bonheur d'avoir des voisins, des amis et même des enfants.
Nous sommes immortels et ce monde est le nôtre.

 

Nous vivons dans la maison à la jolie porte rouge et une chose est certaine aujourd’hui, c’est que dans cette maison, il n’y a jamais de routine. Jamais l’on ne se lève à la même heure le matin et jamais au grand jamais, nous ne quittons la maison à 7h30 précises.

Nous pensons que c’est la routine qui a fini par tuer l’humanité. Ils vivaient tous comme des robots avant l’heure. Nous avons eu la chance de passer à travers et nous ne prendrons jamais le risque de recommencer.

C’est à nous aujourd’hui de vivre comme des humains.

 

 


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